Manuel des branches 2008 du Credit Suisse: perspectives annuelles


21.01.2008, Hôtels pleins, capacités de production à la limite de la rupture dans l'industrie et chiffres d'affaires records dans le commerce de détail ont fait passer à l'arrière plan les faiblesses de la croissance en Suisse et les problèmes structurels que rencontrent diverses branches. Après un essor de longue durée largement soutenu, l'économie va ralentir un peu en 2008. Dans une phase de maturité conjoncturelle comme celle que nous connaissons actuellement, les différences d'évolution des branches apparaissent plus clairement qu'en période de haute conjoncture. Dans le Manuel des branches 2008, les économistes du Credit Suisse donnent un aperçu des perspectives des principales branches de l'économie suisse pour 2008. Les chances et les risques de ces branches à moyen terme sont en outre mis en évidence en fonction des atouts et des points faibles sur le plan structurel. Pour ce faire, les spécialistes du Credit Suisse ont élaboré un modèle d'évaluation qui permet de lisser dans une large mesure les influences conjoncturelles.


L'économie suisse a poursuivi son essor en 2007. La consommation privée a été un pilier stable de la conjoncture, tandis que les investissements en biens d'équipement et le commerce extérieur lui ont insufflé un supplément de dynamisme. Des carnets de commandes pleins et un marché du travail qui a retrouvé des couleurs laissent bien augurer de l'année 2008, sans toutefois retrouver le rythme de croissance de l'année dernière. Dans une phase de maturité conjoncturelle telle que nous la vivons aujourd'hui, les incertitudes refont surface. L'expérience montre qu'en période de boom conjoncturel, la plupart des branches, y compris celles qui sont structurellement faibles, réalisent de bons chiffres, occultant les problèmes structurels récurrents ou ceux qui n'ont pas été résolus. Les économistes du Credit Suisse mesurent les chances et les risques des différentes branches de l'économie du point de vue structurel en appliquant un modèle qui lisse dans une large mesure les influences conjoncturelles à court terme.

Les leaders misent sur le high-tech et le luxe L'industrie chimique et pharmaceutique ainsi que l'industrie des instruments de précision (horlogerie comprise) dominent sans conteste l'évaluation des chances et des risques. Loin d'être un simple feu de paille, leur performance est largement soutenue. Le secteur santé/social ainsi que les services aux entreprises se sont rapprochés du groupe de pointe. Dans le premier, l'évolution démographique et les exigences croissantes envers la médecine alimentent une demande attisée par un système de financement qui n'incite guère à faire des économies. S'agissant des services aux entreprises, l'un des moteurs essentiels de la croissance future est l'externalisation grandissante de tâches toujours plus complexes au profit de spécialistes. Autrefois emblème de la «nouvelle économie», les télécommunications ont, par contre, perdu de leur potentiel et montrent les premiers signes d'une saturation.

Industrie des biens d'équipement, un score moyen malgré un dynamisme retrouvé La majorité des branches suisses évolue en milieu de terrain. Tel est également le cas de l'industrie des biens d'équipement, une branche dont l'évolution est assez souple par rapport à la conjoncture et qui a eu le vent en poupe ces dernières années. «La construction de machines a connu une véritable renaissance», affirme Martin Neff, responsable désigné du service Economic Research du Credit Suisse en Suisse. Le boom des investissements dans le monde entier n'est pas la seule raison de la bonne tenue de l'industrie suisse des machines. Celle-ci est aujourd'hui complètement différente de ce qu'elle était il y a dix ans. La plupart des entreprises ont en effet renoncé à la course à la réduction des coûts et misent désormais sur l'innovation ciblée. Les fabricants de machines ont augmenté leur valeur ajoutée en délocalisant systématiquement les domaines sensibles en termes de coûts, renforçant ainsi leur position concurrentielle à moyen terme. Cependant, même si la construction de machines continuera d'atteindre régulièrement des sommets à l'avenir, son évaluation chances-risques à moyen terme demeure dans la moyenne. En effet, la concurrence mondiale est trop forte et le centre de gravité de la production s'est déplacé vers l'Est.

Saturation dans les branches axées sur l'économie intérieure L'industrie alimentaire opère sur un marché largement saturé. Les excellents chiffres des exportations ne reflètent pas la réalité de la branche dans sa globalité. Seuls ont bénéficié de l'essor conjoncturel les fournisseurs de produits destinés à faciliter la vie (plats préparés ou «convenience food») ou apportant une plus-value sur le plan de la santé (aliments fonctionnels ou «functional food»). Les succès à l'exportation ont été récoltés dans des niches de marché, en particulier celle des eaux minérales. Pour de nombreux producteurs au contraire, la concurrence des importations a encore augmenté. La pression sur les prix est élevée, notamment pour les biens de consommation courante. Dans le secteur de la construction, la dynamique continue à s'étioler. Des barrières d'entrée basses, des entreprises trop nombreuses et souvent petites ainsi que des hausses de coûts continuent d'éroder les marges. Cette situation se détériorera encore avec le tassement du boom de la construction.

Les risques sont masqués par les bons chiffres actuels L'hôtellerie et le commerce de détail affichent une évaluation chances-risques nettement inférieure à la moyenne, même si une conjoncture florissante leur a fait cadeau, jusqu'ici, de taux de croissance impressionnants. Ces trois dernières années, l'hôtellerie a regagné les clients qu'elle avait perdus depuis 2001, mais avec le prochain affaiblissement de la conjoncture, la situation devrait se dégrader. Car malgré des efforts accrus pour augmenter la qualité, l'hôtellerie reste confrontée à de profonds problèmes structurels. D'importantes surcapacités subsistent et à nombre d'endroits l'infrastructure est obsolète. Les moyens financiers engrangés durant la haute conjoncture ne suffisent pas toujours pour procéder aux investissements de remplacement et de renouvellement nécessaires. Quant au commerce de détail, face à une concurrence internationale croissante, à l'importance grandissante des technologies de l'information ainsi qu'au changement des besoins des consommateurs, il sera contraint de s'adapter en permanence au cours des années à venir.

Le changement structurel ne s'arrête pas en période de haute conjoncture Dans certaines branches, les risques l'emportent, même quand les temps sont favorables. Selon le modèle élaboré par les économistes du Credit Suisse, l'agriculture enregistre toujours le rapport chances-risques le plus bas. L'industrie textile, l'industrie de l'habillement ainsi que l'impression et l'édition subissent depuis des années de profonds bouleversements structurels. Malgré des restructurations douloureuses, ces branches profitent une fois de plus relativement peu de la bonne conjoncture. Alors que les chiffres d'affaires se sont en partie rétablis, les suppressions de postes ont continué.

Note de la rédaction : les droits d’image appartiennent à l’éditeur concerné.


Conclusion de cet article : « Manuel des branches 2008 du Credit Suisse: perspectives annuelles »

Source : Credit Suisse Group, communiqué de presse